Shime met le paquet sur la traque aux mégots

Article paru dans le Wort.lu le 08/09/2021. Et si on donnait une seconde vie aux restes de cigarettes? Avec 5,6 milliards de mégots jetés par an sur la planète, il y a de quoi faire et une entreprise luxembourgeoise a choisi de miser sur ce business fumant.

Stéphane Borzellino a une obsession. De petite taille, mais qui constitue le déchet le plus courant du monde. Eh oui, il s’agit du mégot de cigarette. Et l’entrepreneur a choisi de cibler ce produit pour en faire un business. Avec sa société Shime, il collecte ainsi les mégots mais à échelle XXL et au-delà du Grand-Duché même. «Cela va très vite. Rien que le cendrier posté devant l’entreprise. A lui seul, il peut recevoir 8.500 bouts de cigarettes.» En les récupérant, la société fait ainsi œuvre de protection de l’environnement.

Car ni filtres ni nicotine ne font bon ménage avec la nature, et particulièrement la ressource en eau. D’où ce projet «Zéro Mégot» qui consiste à récupérer un maximum de mégots pour les recycler. «Jusqu’à présent, nous avons installé plus de 360 cendriers à cet effet au Luxembourg», témoigne le chef d’entreprise. Il suffit alors qu’un opérateur vienne aspirer le tout, et les volumes ainsi ramassés sont ensuite expédiés en France, recyclés par la société Mégo qui dans ses ateliers de Brest va transformer ce matériau en… mobilier urbain. 

Initialement en 2017 (et aujourd’hui encore), Shime exerçait dans le conseil en développement durable. Et deux ans après sa création, la liaison s’est faite avec Mégo. Et aussitôt Stéphane Borzellino et le cofondateur Stéphane Hérard ont été intrigués par cette drôle d’idée : passer du mégot à des bancs publics, des chaises pour parcs (et même des distributeurs de gel hydroalcoolique!). Aujourd’hui, ce tour de magie opère sur 15 tonnes de mégots!

Avec «Zéro Mégot», Shime démarche les entreprises aussi bien que les collectivités pour les sensibiliser sur le retraitement de ce qui jusqu’à présent finissait le plus souvent par terre, dans le caniveau, à l’égout. Et le marché s’annonce vaste puisqu’il se consomme chaque année 5,6 milliards de cigarettes. De quoi nuire à la planète nature à coups de fibres d’acétate de cellulose, d’arsenic, plomb, cadmium, formaldéhyde et benzène. «Un seul mégot de cigarette peut ainsi polluer jusqu’à 500 litres d’eau», rappelle Stéphane Borzellino.

Bien évidemment, aucune ville ou village, n’a attendu Shime pour ramasser ses mégots ou verbaliser les fumeurs indisciplinés. Mais ce ramassage en milieu urbain, dans les espaces verts, s’avère délicat autant que coûteux en main-d’œuvre. Aussi la lutte contre le «littering» est devenue une priorité morale autant que financière pour de nombreux élus, poussés en cela par les concitoyens dépités de voir leur cadre de vie sali par ces déchets.

Aussi Shime propose-t-elle différents cendriers aux municipalités, aux entreprises et aux organisateurs d’événements pour collecter les mégots. «Même des cendriers de poche si besoin», sourit le dirigeant dont l’activité couvre désormais 18 % des communes du Luxembourg. «Des audits sont actuellement menés dans d’autres endroits, et nous espérons être présents dans une commune sur cinq d’ici la fin de l’année», envisage Stéphane Borzellino. 

Shime, soutenue par Luxinnovation, vise désormais la collecte des cigarettes usagées directement auprès des particuliers. Après tout, 70% des ”clopes” sont fumées à la maison ou aux abords. Les habitants auraient ainsi un bac à disposition pour ce déchet, bac qui pourrait ensuite être déversé dans de plus gros collecteurs avant d’être vidés par les soins de l’entreprise. 

Ce sera toujours mieux que l’actuelle solution qui, la plupart du temps, fait que le contenu d’un cendrier finit à l’incinérateur, sans réemploi.

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